Plus de 2 000 décès supplémentaires en une semaine, selon le bilan provisoire de Santé publique France : la canicule de fin juin 2026 a rappelé que le combat contre la chaleur se joue d’abord dans nos logements. Nicolas Naville, qui dirige le domaine d’action stratégique « Rénovation, fiabilisation de l’acte de construire » au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), détaille dans cet épisode les solutions qui marchent — et celles qui aggravent le problème — face à une trajectoire de réchauffement qui vise +2,7 °C en 2050, +4 °C de température annuelle moyenne en 2100.
L’essentiel
Ce qu’il faut retenir
Le constat, les repères clés et les ressources utiles de l’épisode.
Ce qu’il faut retenir
Le constat, les repères clés et les ressources utiles de l’épisode.La canicule de fin juin 2026 a fait plus de 2 000 décès supplémentaires en une semaine : le CSTB détaille la hiérarchie des solutions qui protègent réellement les logements de la chaleur, et les pièges de la mal-adaptation.
Ce qu’on sait
- Le taux d’équipement des ménages français en climatisation est passé de 18 % en 2023 à 24 % en 2025, selon l’ADEME.
- Près de 40 % des logements français n’ont pas de protection solaire suffisante sur leurs façades exposées, selon une étude Pouget Consultants-Ignès (2024).
- Depuis le 1er juillet 2026, 12,1 millions de logements individuels sont en zone d’exposition moyenne ou forte au risque de retrait-gonflement des argiles, selon le ministère de la Transition écologique.
Ce qu’on peut faire
- Fermer ses volets dès le matin pour bloquer le rayonnement solaire toute la journée.
- Aérer son logement la nuit, entre 2 heures et 7-8 heures du matin : le seul levier passif pour évacuer la chaleur accumulée dans la journée.
- Vérifier son exposition au retrait-gonflement des argiles sur le portail Géorisques avant d’envisager des travaux de prévention.
Passages clés
- 14:17 — RE2020 : l’indicateur degré-heure, calculé sur la base de la canicule de 2003.
- 22:54 — Climatisation : de 18 % à 24 % des ménages équipés entre 2023 et 2025 (ADEME).
- 25:58 — Une baie vitrée non protégée équivaut à trois radiateurs de 1 000 W.
- 31:59 — Ventilation nocturne : « il n’y a pas trente-six manières d’évacuer la chaleur ».
- 46:21 — Retrait-gonflement des argiles : 12,1 millions de logements exposés.
Aller plus loin
Le point clé : la climatisation est utile pour limiter les risques sanitaires, mais dans un logement mal isolé ou mal protégé du soleil, elle revient à « rouler avec un réservoir percé ».
Un parc pensé pour l’hiver, pas pour l’été
Le nombre de jours de vagues de chaleur sera multiplié par 5 d’ici 2050 (+2,7 °C) et par 10 d’ici 2100 (+4 °C), par rapport à la période de référence 1976-2005, selon Météo-France. La France en a déjà recensé 53 depuis 1947, dont plus de la moitié depuis 2010.
>> Lire aussi : Climat – S’adapter à +4 °C en France : mode d’emploi – Avec Gonéri Le Cozannet (GIEC)
Un bâtiment bien isolé pour l’hiver ne devient pas pour autant un piège l’été. Nicolas Naville reconnaît la crainte : « ça peut être contre productif en période de forte chaleur. Si on est très isolé, on peut ne pas réussir à évacuer la chaleur » — avant de la nuancer : combinée à la protection solaire et à la ventilation nocturne, l’isolation va plutôt être un levier favorable, y compris en été.
Le confort d’été, un chantier réglementaire encore en cours
Selon l’indicateur de surchauffe développé par le CSTB à partir de sa base de données nationale des bâtiments, environ la moitié du parc existant ne respecterait pas aujourd’hui les critères de confort d’été de la réglementation environnementale 2020 (RE2020), qui ne s’applique qu’au neuf. Cette réglementation a pourtant intégré un indicateur dédié, le degré-heure (DH), calculé sur la base de la canicule d’août 2003 : au-delà de 1 250 DH, un bâtiment neuf n’est pas réglementaire ; en dessous de 350 DH, il est jugé très confortable. Les seuils de confort — 28 °C le jour, 26 °C la nuit — sont, selon Nicolas Naville, « basés bien sûr sur des références scientifiques, mais restent entre guillemets, un petit peu empiriques » : l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) travaille actuellement à leur donner une base sanitaire plus solide, à mesure que les épisodes extrêmes se multiplient.
Le CSTB, établissement public sous tutelle de l’État depuis 1947, évalue et certifie la qualité et la performance environnementale des bâtiments et matériaux en France. Il a notamment contribué à l’élaboration de la RE2020 aux côtés du ministère, avant d’accompagner sa mise en œuvre auprès de l’ensemble des acteurs de la filière — professionnels, collectivités, maîtres d’ouvrage.
Les chiffres
La chaleur monte plus vite que le parc ne s’adapte
Le nombre de jours de vagues de chaleur d’ici 2050 (+2,7 °C), par rapport à la période 1976-2005.
Vagues de chaleur recensées en France depuis 1947 — dont plus de la moitié depuis 2010.
Du parc existant ne respecterait pas les critères de confort d’été de la RE2020 — qui ne s’applique pourtant qu’au neuf.
Des ménages français équipés en climatisation en 2025, contre 18 % en 2023 : un bond d’un tiers en deux ans.
Sources : Météo-France (projections vagues de chaleur) ; CSTB, indicateur de surchauffe issu de la base de données nationale des bâtiments ; ADEME (taux d’équipement en climatisation).
Climatiser, oui — mais sans se tromper de logement
Le secteur du bâtiment représente environ 25 % de l’empreinte carbone des Français, selon le CSTB. Les efforts d’isolation et de rénovation portent pourtant leurs fruits : les émissions liées au seul usage des logements — chauffage, eau chaude, cuisson — ont reculé d’environ 42 % depuis 1990, selon le Service des données et études statistiques (SDES). Pour Nicolas Naville, adaptation à la chaleur et réduction des émissions doivent avancer de pair : « il va falloir faire du en même temps », insiste-t-il, faute de quoi « ça va devenir ingérable« .
Le taux d’équipement des ménages français en climatisation a bondi d’un tiers en deux ans, passant de 18 % en 2023 à 24 % en 2025, selon l’Agence de la transition écologique (ADEME). Pour Nicolas Naville, cette tendance de fond n’a rien d’anormal : « il n’y a pas moins de raisons de se rafraîchir que de chauffer en hiver ».
Le vrai risque, dit-il, est ailleurs : climatiser un logement mal isolé, mal protégé du soleil ou sans ventilation nocturne revient à « rouler avec un réservoir percé« . Une mal-adaptation qui alourdit la facture énergétique sans résoudre le problème de façon satisfaisante.
Le geste le plus sous-utilisé : fermer ses volets
Près de 40 % des logements français n’ont pas de protection solaire suffisante sur leurs façades exposées, selon une étude Pouget Consultants-Ignès de 2024. Un volet roulant fermé abaisse pourtant la température intérieure de 5 °C l’été, et permet, l’hiver, de 6 à 37 % d’économies d’énergie selon la performance de la fenêtre, selon la fédération Fédération Française du Bâtiment (FFB).
« Une baie vitrée non protégée, elle, équivaut à trois radiateurs de 1 000 watts allumés en continu toute la journée », image Nicolas Naville.
La nuit, seule vraie source de fraîcheur
Sans climatisation, il n’existe qu’un seul levier passif pour évacuer la chaleur accumulée dans un logement : la ventilation nocturne, entre 2 heures et 7-8 heures du matin, quand l’air extérieur redescend sous la température intérieure. « Il n’y a pas trente-six manières d’évacuer la chaleur », résume Nicolas Naville. La ventilation est essentielle qu’elle soit active ou passive afin de faire baisser la température intérieure.
En habitat collectif, la traversance entre les deux façades d’un même logement — sur rue et sur cour — permet aussi de faire circuler l’air. En Espagne, certains immeubles utilisent des colonnes de ventilation qui traversent tout le bâtiment par tirage thermique. À l’inverse, un risque existe : multiplier les rejets de climatiseurs individuels dans une cour intérieure peut pénaliser les logements voisins.
Ce qui marche
Protection solaire, ventilation nocturne, isolation : le trio gagnant
Trois leviers passifs, dans cet ordre. Aucun ne fonctionne seul, et aucun ne coûte le prix d’une climatisation.
−5 °C
Température intérieure, volet roulant fermé, l’été
37 %
D’économies de chauffage l’hiver, avec le même volet
2h–7h
La fenêtre de ventilation nocturne
- Protéger les vitrages. Une baie vitrée non protégée équivaut à trois radiateurs de 1 000 watts allumés toute la journée. Volets, brise-soleil, films réfléchissants — à intégrer dès la conception ou la rénovation.
- Ventiler la nuit. Sans climatisation, c’est l’unique levier pour évacuer la chaleur accumulée. « Il n’y a pas trente-six manières d’évacuer la chaleur », résume Nicolas Naville. En collectif, la traversance entre façade sur rue et façade sur cour peut s’organiser à l’échelle des parties communes — l’Espagne utilise beaucoup des colonnes de ventilation naturelle qui font circuler l’air par tirage thermique.
- Isoler — mais pas seulement. Combinée à la protection solaire et à la ventilation nocturne, l’isolation « va plutôt être un levier » favorable, y compris en été.
Les pièges
La mal-adaptation coûte cher et ne résout rien
Climatiser d’abord
Climatiser un logement mal isolé, mal protégé du soleil ou sans ventilation nocturne revient à « rouler avec un réservoir percé » : la facture énergétique grimpe, le problème reste.
Le geste oublié
Près de 40 % des logements français n’ont pas de protection solaire suffisante sur leurs façades exposées. Fermer ses volets dès le matin reste le geste le plus sous-utilisé.
Toits blancs
L’effet albédo réduit l’îlot de chaleur à l’échelle d’un quartier. Mais sur un logement individuel déjà bien isolé, l’impact intérieur reste limité : « ça se regarde au cas par cas ».
Rejets en cascade
Les cours intérieures peuvent organiser les flux d’air — ou aggraver la situation. Si beaucoup de logements se mettent à y rejeter la chaleur de leur climatisation, ce sont les autres logements qui sont pénalisés.
Le risque invisible sous les fondations
L’alternance de sécheresses et de fortes pluies fait gonfler puis se rétracter les sols argileux — et fissure les maisons individuelles. Depuis le 1er juillet 2026, 12,1 millions de logements individuels sont en zone d’exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles. Ce phénomène pèse pour 70 % du coût des indemnisations catastrophes naturelles liées au bâtiment sur cinq ans. Le réflexe : consulter le portail Géorisques avant tout travaux.
Sources : Actibaie-FFB (performances des volets roulants) ; entretien avec Nicolas Naville, CSTB ; étude Pouget Consultants-Ignès, 2024 (protection solaire) ; ministère de la Transition écologique (retrait-gonflement des argiles).
Toits blancs, inertie : des solutions à nuancer
Peindre les toits en blanc réduit l’effet d’îlot de chaleur urbain (ICU) à l’échelle d’un quartier, grâce à l’effet albédo qui renvoie le rayonnement solaire vers le ciel plutôt que de l’absorber. Mais sur un logement individuel déjà bien isolé, l’impact intérieur reste limité — l’isolation absorbe une partie de l’effet, selon Nicolas Naville. Sur le bâti existant, il recommande d’évaluer l’opération au coup par coup, selon le coût et la durabilité du revêtement : « ça se regarde au cas par cas« .
L’inertie thermique des matériaux — pierre, béton — lisse quant à elle les écarts de température, sans jamais remplacer isolation et protection solaire.
>> Lire aussi : Le design climatique : une solution pour rafraîchir nos villes et nos logements – S’adapter au réchauffement climatique — Avec Clément Gaillard
Le risque invisible sous les fondations
Depuis le 1er juillet 2026, 12,1 millions de logements individuels sont en zone d’exposition moyenne ou forte au risque de retrait-gonflement des argiles (RGA), un phénomène amplifié par l’alternance de sécheresses et de fortes pluies. Il pèse pour 70 % du coût des indemnisations catastrophes naturelles liées au bâtiment sur cinq ans, selon le ministère de la Transition écologique.
Le réflexe à avoir : consulter le portail Géorisques pour connaître son exposition, avant d’envisager des travaux de prévention.
Simon Icard (rédigé avec IA)
Écoutez.
POUR ALLER PLUS LOIN :
- Le site du CSTB, Centre Scientifique et Technique du Bâtiment : www.cstb.fr
- Cartographie de l’indicateur de surchauffe des bâtiments calculé dans la Base de Données Nationale des Bâtiments : https://bdnb.io/
- Le guide du CSTB & du Cerema évoqué dans l’épisode : « Mesures de prévention, d’adaptation et de remédiation du phénomène de retrait et de gonflement des sols argileux (RGA) dans la construction. Guide à destination des particuliers et des collectivités locales » : ICI.
- Le portail Géorisques : www.georisques.gouv.fr
- La Réglementation environnementale RE2020 sur le site du gouvernement français : www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/reglementation-environnementale-re2020
Et aussi : le portail public Centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique : www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr
TIMECODES
00:00 — Introduction : canicule 2026 et adaptation des logements
00:42 — Nicolas Naville et le CSTB
05:04 — Adaptation, passoires et bouilloires thermiques
09:28 — Îlot de chaleur urbain
13:57 — RE2020 et degré-heure
17:15 — Le parc existant face à la chaleur
22:37 — Climatisation : besoin ou mal-adaptation ?
24:50 — Isolation hiver / été
28:29 — Volets et couverture de survie
30:20 — Ventilation nocturne
36:45 — Toits blancs et réglementations locales
41:46 — Inertie thermique
46:52 — Retrait-gonflement des argiles
52:26 — Conclusion







